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Quelques notes historiques
sur la Montreal Park and Island Railway Company
Histoire administrative
La Montreal Park and Island Railway Company est incorporée en 1885 par une loi du
Parlement du Québec (1885, Cap. LXXIV, sanctionnée le 9 mai 1885). Un premier amendement
à sa charte (Cap. LXXXV, sanctionné le 21 juin 1886) lui permet de retarder de cinq ans
la construction des voies de chemin de fer. Un deuxième amendement lui confère un
nouveau report de cinq ans (Cap. LXV, sanctionné le 27 février 1893). Puis l'année
suivante, la Montreal Park and Island Railway Company se place sous la juridiction des
lois canadiennes (57-58 Victoria, Chap. 84, sanctionné le 23 juillet 1894) et obtient en
même temps un élargissement de son mandat. En 1896, un amendement supplémentaire lui
confère de nouveaux pouvoirs (59, Victoria, Chap. 28, sanctionné le 23 avril 1896). Le 6
août 1901, la Montreal Park and Island conclut une entente avec la Montreal Street
Railway Company en vertu de laquelle cette dernière s'engage à gérer le système de
tramways de la Montreal Park and Island Railway Company. En 1906, la compagnie est
autorisée par un nouvel amendement à porter son capital-actions à 5 millions de dollars
et est aussi requise de terminer la construction de ses voies d'ici le 1er juillet 1911
(6, Edward VII, Chap. 129, sanctionné le 26 juin 1906). Le 22 septembre 1911, la Montreal
Park and Island Railway Company conclut une entente avec la Montreal Street Railway
Company en vertu de laquelle la première cède à la Montreal Street Railway Company sa
charte, ses activités, ses privilèges, ses contrats, ses franchises et ses actifs. Cette
entente est ratifiée le 23 octobre 1911 par les actionnaires de la Montreal Park and
Island Railway Company réunis en assemblée générale spéciale. A partir de cette date
et jusqu'en 1936, les activités de la Montreal Park and Island Railway Company concernent
surtout l'élection annuelle des membres du conseil d'administration et l'approbation des
minutes de l'année précédente.
Le mandat original de la Montreal Park and Island Railway Company était de
«construire et de faire fonctionner des chemins de fer ou des tramways vers le Mont-Royal
et diverses municipalités de l'île de Montréal, à partir de certains endroits de
Montréal, afin de permettre aux familles de passer l'été à la campagne et aux chefs de
famille de voir à leurs affaires en ville». A la suite des changements apportés à sa
charte en 1894 et 1896, son mandat s'élargit pour d'abord accroître son territoire aux
municipalités ceinturant l'île de Montréal puis pour lui permettre l'utilisation de
«bateaux et autres embarcations» afin d'assurer le transport des passagers. La Montreal
Park and Island Railway Company est dirigée par un conseil d'administration de sept
personnes, toutes actionnaires de la compagnie. Parmi les sept membres qui le composent,
le conseil peut choisir un directeur général et un secrétaire pour l'administration de
la compagnie. Originellement fixé à 500 000$, le capital-actions de la compagnie
passe progressivement à un million puis à 5 millions de dollars.
Complémement à l'histoire administrative
Entre 1885 et 1893, la Montreal Park and Island Railway Company ne s'est pas prévalue
des pouvoirs que lui conféraient sa charte originale en matière d'établissement et
d'exploitation d'un système de tramways électriques dans certaines villes de l'île de
Montréal. Les raisons ne sont pas des plus claires, mais il semble bien que la principale
ait été un manque de capitalisation car en mai 1893, Louis Beaubien, son président,
fait remarquer qu'une partie seulement du capital-actions a été souscrite . En effet,
sur les 500 000$ de capital-actions à souscrire, seulement 80 000$ l'ont été
et aucune mention n'est faite à savoir si ces actions ont bel et bien été payées. Or,
la charte de la compagnie stipule que 10% des actions souscrites doivent avoir été
payées avant que la compagnie ne puisse commencer ses travaux. Toutefois, même si ce
capital-actions de 8 000$ (10% des 80 000$ mentionnés plus haut) avait
effectivement été payé, cette somme ne permettrait même pas de construire le premier
mille de voie électrifiée . Par ailleurs, les points d'entrée dans Montréal, clé de
voûte pour l'accès au centre-ville, semblent être l'objet de délicates tractations au
Conseil municipal. Il faut se rappeler que c'est la puissante Montreal Street Railway
Company qui détient à ce moment le monopole du tramway sur le territoire de la ville.
Pour enfin commencer les véritables activités d'établissement d'un tramway
électrique, Beaubien, qui vient récemment d'obtenir une prolongation de 5 ans de la
charte de la compagnie, propose le 9 mai 1893 au conseil d'administration d'acheter les
contrats d'exploitation exclusive que détiennent A.J. Corriveau et W.S. Williams dans
certaines villes de l'île de Montréal en échange de 2 500 actions de la compagnie. Le
conseil accepte cette recommandation par une résolution. C'est ainsi que la compagnie se
trouve désormais habilitée à établir et exploiter un système de tramways électriques
dans les municipalités suivantes: Saint-Louis du Mile-End, Notre-Dame-de-Grâce,
Saint-Léonard de Port-Maurice, Sainte-Geneviève et Pointe-aux-Trembles .
Toutefois, la compagnie semble éprouver des difficultés à mener à bien la première
phase de construction. En effet, elle se bute à «la concurrence et à l'opposition de la
Montreal Street Railway Company» . Pour accélerer les choses et «s'assurer d'une
meilleure entrée dans Montréal», l'entreprise conclut une entente avec la Montreal
Street Railway Company qui lui assure entre autres la fourniture de tramways, à raison
d'un minimun d'un véhicule par deux milles de voies construites . De cette manière, la
Montreal Park and Island Railway Company peut ainsi se procurer les véhicules dont elle a
besoin et pour lesquels ses maigres ressources financières du moment ne lui permettent
que difficilement de faire l'achat. L'entente prévoit que les tramways seront achetés
par la Montreal Street Railway Company et loués annuellement à la Montreal Park and
Island Railway Company pour 5% de leur valeur d'achat. Autre aspect important de cette
entente, la Montreal Street Railway Company détermine en quelque sorte les circuits à
être construits par la Montreal Park and Island Railway Company. Elle obtient ainsi, par
compagnie interposée, le pouvoir d'étendre son réseau à l'extérieur du territoire de
la ville de Montréal d'alors. A titre d'exemple, l'entente stipule que des voies seront
construites sur la rue Saint-Denis en direction nord jusqu'à la rivière des Prairies, le
circuit passant dans Saint-Louis du Mile-End où la compagnie possède depuis peu une
franchise d'exploitation. D'autres circuits peuvent passer sur la rue Sainte-Catherine et
d'autres rues en direction ouest jusqu'aux limites de Notre-Dame-de-Grâce puis en
direction nord vers Côte-des-Neiges ou encore vers Saint-Henri, en empruntant la rue
Notre-Dame en direction ouest jusqu'aux limites ouest de Saint-Henri. Un dernier aspect
intéressant de cette entente est l'interdiction faite à la Montreal Park and Island
Railway Company de laisser passer sur ses voies les tramways de toute autre compagnie du
même genre. Par ailleurs, la charte de la Montreal Park and Island Railway Company
comporte une clause de réciprocité en faveur de la Montreal City Passenger Railway
Company , qui autorise les deux compagnies à utiliser les voies de l'autre. Toutefois, vu
les difficultés encourues par la Montreal Park and Island Railway Company, on peut se
demander où était au juste la réciprocité.
Pour financer l'établissement des voies, dont la construction démarre enfin en
juillet 1893, le conseil d'administration approuve l'émission d'obligations à raison de
15 000$ par mille de voies simples construites. Cet apport de fonds permet à
l'entreprise de compléter une première voie en direction du Sault-au-Récollet, vers
1893-1894. Puis l'expansion du réseau se poursuit de manière assez soutenue si bien
qu'en 1896, les voies de la Montreal Park and Island Railway Company se rendent à
Cartierville en passant par Ville Saint-Laurent, dans le nord-ouest de l'île de
Montréal, au Sault-au-Récollet, dans le nord-est de l'île, et effectuent le tour du
Mont-Royal par un circuit qui passe par Notre-Dame-de-Grâce, Côte-des-Neiges et
Outremont. Le 29 février 1896, le réseau des voies de la Montreal Park and Island
Railway Company s'étend sur 25 milles, dont trois sont en construction . Le 30 juillet
1896, un événement funeste vient assombrir ce bilan de réalisations: un incendie ravage
les remises de la compagnie et détruit un nombre assez élevé de véhicules . Leur
absence se fait cruellement sentir. Tellement que le président, Henry Hogan, affirme que
sans cet incident les revenus auraient atteint un niveau sans précédent .
L'étendue du territoire desservi par ces lignes, qui traversent des zones peu
peuplées, rend l'exploitation de l'entreprise assez coûteuse. Ainsi, une grande part des
déplacements effectués par les passagers de cette compagnie tiennent plus de la
villégiature et du tourisme que de l'obligation de se rendre à son lieu de travail. A
plusieurs occasions d'ailleurs, les administrateurs déplorent l'incidence d'un mauvais
été sur les revenus de l'entreprise. D'autre part, les difficultés financières
s'accumulent, en partie à cause des intérêts dûs sur le remboursement des obligations
échues. Ainsi, en 1901, les revenus bruts sont de l'ordre de 128 677$, les dépenses
atteignent 100 096$, ce qui dégage un revenu net de 28 581$. Toutefois des
intérêts de 61 500$ sur les obligations émises entraînent un déficit de 31 918$
. Les administrateurs de la Montreal Park and Island Railway Company démissionnent en
masse le 30 juillet 1901 et font place à un tout nouveau conseil d'administration dont le
président est nul autre que L.-J. Forget, président de la Montreal Street Railway
Company. Le 6 août 1901, la Montreal Street Railway Company propose à l'entreprise un
contrat d'administration par lequel elle prend en charge l'exploitation de la Montreal
Park and Island Railway Company pour 10% de ses revenus bruts. L'entreprise accepte les
termes du contrat. Toutefois, l'arrivée de la Montreal Street Railway Company ne provoque
pas pour autant un revirement de fortune de la Montreal Park and Island Railway Company.
Les années se suivent et se ressemblent, dans la tendance déficitaire. Le tableau 1 est
à ce propos fort révélateur.
Tableau 1: revenus et déficits de la Montreal Park and Island Railway Company,
1895-1911
| Année |
Revenus bruts |
Dépenses |
Revenus nets d'exploitation
(résultats déficitaires) |
Revenus nets,
en tenant compte des intérêts sur obligations à payer(résultats déficitaires) |
| 1895 |
63 855 |
54 941 |
8 914 |
Non disponible |
| 1896 |
55 878 |
N.d. |
N.d. |
N.d. |
| 1897 |
79 986 |
64 621 |
15 366 |
(10 056) |
| 1898 |
105 046 |
70 976 |
34 070 |
(31 109) |
| 1901 |
128 677 |
100 096 |
28 581 |
(31 918) |
| 1902 |
130 159 |
127 794 |
2 365 |
(72 271) |
| 1903 |
142 868 |
154 104 |
(11 235) |
(109 311) |
| 1904 |
165 889 |
167 533 |
(1 643) |
(115 242) |
| 1905 |
179 559 |
157 607 |
21 951 |
(91 111) |
| 1906 |
218 604 |
155 142 |
13 462 |
(108 025) |
| 1907 |
262 814 |
180 931 |
55 169 |
(69 849) |
| 1908 |
277 634 |
181 488 |
71 145 |
(58 078) |
| 1909 |
280 493 |
198 435 |
57 057 |
(85 087) |
| 1910 |
337 763 |
226 885 |
85 878 |
(68 232) |
| 1911 |
398 737 |
258 929 |
114 807 |
(44 854) |
Mentionnons ici quelques éléments relatifs aux véhicules utillisés par la Montreal
Park and Island Railway Company ainsi que certains aspects relatifs aux ressources
humaines. L'entente signée avec la Montreal Street Railway Company en 1893 prévoyait
l'achat de tramways par cette compagnie pour être utilisés par la Montreal Park and
Island Railway Company. En juillet 1893, une première commande de 2 tramways est passée
par la Montreal Street Railway Company auprès de la J.G. Brill Company de Philadelphie.
Ces deux tramways ont la particularité d'être du type «traction maximale», à cause de
la répartition du poids du tramway qui donne un maximum de puissance à l'essieu avant.
Le premier de ces deux tramways circule sur le circuit du Sault-au-Récollet. Une
deuxième commande de 4 tramways est passée en décembre 1893 auprès du constructeur
montréalais Larivière. Ils sont livrés en mai de l'année suivante. En 1895, la
compagnie possède 11 tramways fermés, 7 tramways ouverts et 7 remorques ouvertes .
L'incendie de 1896, qui détruit la majeure partie des tramways, amène un renouvellement
assez complet de la flotte. Après la prise en charge de l'exploitation par la Montreal
Street Railway Company, la quantité de véhicules varie peu au fil des ans, tel que le
démontre le tableau suivant.
Tableau 2: véhicules de tramways pour passagers utilisés par la Montreal Park
and Island Railway Company, tous types confondus, 1903-1911
| Année |
Nombre |
|
Année |
Nombre |
| 1903 |
41 |
|
1908 |
35 |
| 1904 |
41 |
|
1909 |
36 |
| 1905 |
41 |
|
1910 |
33 |
| 1906 |
40 |
|
1911 |
38 |
| 1907 |
33 |
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En ce qui a trait aux ressources humaines, les documents conservés dans le fonds sont
lacunaires à ce chapitre. A partir de 1901, selon toute vraisemblance, les salaires
doivent comporter un certain nombre de similitudes avec ceux offerts par la Montreal
Street Railway Company. En 1902, le président Forget octroie par voie de résolution une
augmentation aux conducteurs et aux garde-moteurs. Leurs salaires seront désormais de 15
1/2 ¢ par heure pour ceux qui ont moins de deux ans d'ancienneté et de 16 1/2 ¢ par
heure, après deux ans d'ancienneté . En 1903, lors de l'assemblée générale annuelle,
le président Forget mentionne que deux grèves des conducteurs et des garde-moteurs ont
eu lieu au cours de l'année et qu'elles ont causé des pertes à la compagnie. Selon
toute vraisemblance, ces deux conflits de travail sont les mêmes que ceux qui touchent la
Montreal Street Railway Company en février et en mai 1903. Une des conséquences de ces
grèves sera la mise sur pied de l'Association mutuelle de bienfaisance de la Compagnie de
chemin de fer urbain de Montréal, constituée en octobre 1903 et de laquelle les
employés de la Montreal Park and Island Railway Company peuvent devenir membres. Formée
pour «protéger les employés de toute classe au moyen d'une caisse de secours lorsqu'en
cas de maladie ou de vieillesse ils ne pourront plus remplir leurs charges habituelles» ,
l'Association connaît un vif succès auprès des employés de la compagnie.
Le 11 novembre 1910, le conseil d'administration est renouvelé par l'arrivée d'une
toute nouvelle équipe dirigée par E.A. Robert, qui est également le nouveau président
de la Montreal Street Railway Company . A partir de cette date, les actionnaires (qui sont
majoritairement les mêmes pour les 2 entreprises) n'ont qu'une idée en tête: vendre la
compagnie à la Montreal Street Railway Company afin que E.A. Robert puisse réaliser son
entreprise de consolidation du tramway à Montréal. Le 23 octobre 1911, les actionnaires
de la Montreal Park and Island Railway Company acceptent la vente de la charte et de tous
les actifs de la compagnie à la Montreal Street Railway Company. Cette vente signifiait
en fait la fin des activités de la Montreal Park and Island Railway Company.
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