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Quelques notes historiques
sur la Montreal tramways Company
Complément à l'histoire administrative
Les lignes qui précèdent brossent bien sûr un portrait par trop sommaire. Elles
constituent en quelque sorte l'armature sur laquelle nous poserons des blocs de
renseignements supplémentaires, destinés, nous l'espérons, à fournir une
compréhension plus générale du contexte de fonctionnement de la Montreal Tramways
Company et de son insertion dans l'histoire de Montréal.
Au moment de l'incorporation de la Montreal Tramways Company en 1911, la ville de
Montréal compte 554 781 personnes . Bon nombre d'entre elles ont déjà une longue
habitude d'utilisation du transport en commun puisqu'en 1904, la Montreal Street Railway
Company effectue le déplacement de 60 millions de passagers . Montréal est alors la
capitale économique du Canada. Le coeur industriel de la métropole s'étend sur une
mince bande qui suit le fleuve Saint-Laurent dans sa partie sud et le canal Lachine dans
sa partie nord. Le développement économique fulgurant de Montréal en cette époque est
tributaire de plusieurs facteurs, dont nous ne mentionnerons que ceux que nous estimons
les plus importants pour la Montreal Tramways Company.
La position géographique de Montréal en fait un lieu de transit exceptionnellement
bien situé pour assurer le transbordement de toutes sortes de marchandises en provenance
ou en direction de l'intérieur ou de l'extérieur du continent. Produites ou
transformées dans les multiples usines de la ville, ces marchandises nécessitent une
main d'oeuvre considérable, qui doit se déplacer deux fois par jour pour aller et
revenir du travail.
Autre facteur important, l'électrification de nombreuses rues de Montréal, à partir
des années 1890, fait prendre conscience aux administrateurs de la Montreal Street
Railway Company que cette nouvelle source d'énergie pourrait être une solution plus
qu'avantageuse pour les tramways qui circulent dans les rues de Montréal. En effet,
rappelons-nous qu'à cette époque les tramways sont tirés par des chevaux et que ces
bêtes doivent tirer les lourds wagons de tramways au haut de plusieurs côtes à
Montréal. A titre d'exemple, mentionnons la pente de la rue du Beaver Hall (18 mètres
sur une distance de 275 mètres) et celles des rues Guy et Côte-des-Neiges (106 mètres
sur une distance de 1570 mètres) . Par l'électrification des tramways, réalisée à
partir de 1892, le réseau de la Montreal Street Railway Company connaît une hausse de
popularité auprès des usagers qui apprécient désormais notamment la rapidité de ces
véhicules pour leurs déplacements. Ainsi, en 1892, la Montreal Street Railway Company
transporte 11 millions de passagers et, en 1912, la Montreal Tramways Company en
transporte plus de 104 millions.
Enfin, des facteurs de nature extérieure viennent influencer de diverses façons la
croissance de la Montreal Tramways Company. Citons principalement les deux guerres
mondiales et la crise économique des années 1930. Ainsi, pendant la Première Guerre
mondiale, le nombre de passagers transportés augmente, entre 1915 et 1918 de 18.6%.
(Tableau 1).
Tableau 1: Passagers transportés par la Montreal Tramways Company, 1915 et
1918.
| Année |
Passagers |
| 1915 |
153 576 271 |
| 1918 |
182 173 701 |
Augmentation: 28 597 430
Pendant la crise des années 1930, l'entreprise enregistre plusieurs années de recul
quant au nombre de passagers transportés (Tableau 2). Et ce n'est qu'en 1937 qu' elle
renoue avec une croissance soutenue après cinq années de ralentissement.
Tableau 2 : Passagers transportés par la Montreal Tramways Company, 1928-1937.
| Année |
Passagers |
Variation en pourcentage
(par rapport à l'année précédente) |
| 1928 |
237 506 621 |
+ 6,74 |
| 1929 |
250 676 513 |
+ 5,55 |
| 1930 |
245 187 504 |
- 2,19 |
| 1931 |
232 141 103 |
- 5,32 |
| 1932 |
210 807 129 |
- 9,19 |
| 1933 |
196 141 103 |
- 6,96 |
| 1934 |
197 620 176 |
+ 0,75 |
| 1935 |
195 890 771 |
- 0,88 |
| 1936 |
198 626 907 |
+ 1,40 |
| 1937 |
208 208 793 |
+ 4,82 |
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, et les deux années qui suivirent (Tableau 3), la
compagnie connaît la plus importante croissance de son existence. Ainsi, entre 1939 et
1945, le nombre de passagers transportés augmente de 84,5%. L'ensemble du secteur
industriel de Montréal, mis à contribution pour l'«effort de guerre», participe
directement à l'accroissement du transport de passagers. Pendant les dernières années
d'existence de la Montreal Tramways Company, elle enregistre une baisse régulière du
nombre de passagers transportés.
Tableau 3 : Passagers transportés par la Montreal Tramways Company, 1939-1950.
| Année |
Passagers |
Variation en pourcentage
(par rapport à l'année précédente) |
| 1939 |
208 928 429 |
+ 0,32 |
| 1940 |
225 764 051 |
+ 8,06 |
| 1941 |
263 571 788 |
+ 16,75 |
| 1942 |
319 398 324 |
+ 21,18 |
| 1943 |
354 359 555 |
+ 10,95 |
| 1944 |
361 042 941 |
+ 1,89 |
| 1945 |
385 575 041 |
+ 6,7 |
| 1946 |
396 480 489 |
+ 2,7 |
| 1947 |
398 349 773 |
+ 0,46 |
| 1948 |
398 271 535 |
- 0,01 |
| 1949 |
396 087 032 |
- 0,05 |
| 1950 |
370 113 954 |
- 6 |
Nous avons précédemment mentionné le rôle important que l'électrification a joué
pour la modernisation du système de transport en commun à la fin du siècle dernier.
Nous y revenons ici pour tenter d'apporter un éclairage d'appoint sur cette donnée
fondamentale des activités de la Montreal Tramways Company.
En 1911, lorsque la Montreal Tramways Company commence ses activités, la fourniture
d'électricité sur l'île de Montréal est le fait de plusieurs entreprises de
distribution d'électricité. C'est ainsi que les compagnies suivantes approvisionnent
aussi bien les municipalités (entre autres pour l'éclairage des rues), les entreprises
et les particuliers :
- Montreal Light, Heat & Power Company;
- Shawinigan Water & Power Company;
- Lachine Rapids Hydraulic and Land Company;
- Cedar Rapids Manufacturing Power;
- Saraguay Electric Light & Power;
- St-Paul Electric Light & Power;
- Dominion Light, Heat and Power.
Les deux premières sont de loin les plus importantes de ces compagnies.
A ce moment, la Montreal Tramways Company peut déjà compter sur une infrastructure de
production qui lui appartient en propre (héritée de l'acquisition de la Montreal Street
Railway Company) et dont les principaux éléments sont la centrale de la rue William et
celle de la rue Notre-Dame (centrale Hochelaga), ainsi que les sous-stations des rues
Côté, Saint-Denis et celle du quartier Saint-Henri. En périodes de pointe, la Montreal
Tramways Company achète de l'électricité auprès de la Montreal Light, Heat & Power
Company (créée en 1901) ou de la «Shawinigan Falls Company» . Pour être en mesure
d'alimenter son système de transport en commun qui ne cesse de s'étendre sur l'île de
Montréal, la Montreal Tramways Company augmente régulièrement sa capacité de
production électrique. C'est ainsi qu'il se passe peu d'années sans que la compagnie
n'apporte des rénovations à ses sous-stations, en n'augmente la capacité de
transformation ou tout simplement n'en construise de nouvelles. A titre d'exemple, entre
1920, date à laquelle la compagnie effectue des rénovations majeures à la sous-station
de la rue Côté, et 1931, où elle met en opérations la sous-station de la rue
Queen-Mary, elle n'a pas une seule année cessé de bonifier son réseau . Plus tard, elle
met en service les sous-stations Ahuntsic (1936) et Garland (1943), qui est en fait la
dernière que la Montreal Tramways Company construit.
Par ailleurs, à partir de 1944, avec la création de la Commission hydroélectrique de
Québec (Hydro-Québec), l'approvisionnement des entreprises en électricité se
transforme graduellement pour tendre de plus en plus vers un seul fournisseur. La
Commission hydroélectrique de Québec a justement pour but de «fournir de
l'électricité aux municipalités et aux entreprises commerciales au tarif le plus bas
possible et produire, transporter et distribuer de l'électricité dans toute la
province.» Or, depuis 1924 , la Montreal Tramways Company, par le biais de diverses
sociétés de portefeuille (Tableau 4), avait cessé d'être une compagnie entièrement
autonome, propriété d'actionnaires représentés par un conseil d'administration qui
nomme les gestionnaires de la compagnie, pour ne devenir qu'une filiale d'une richissime
société en portefeuille dont la vocation première est la production et la distribution
d'électricité. Du simple fait qu'elle possède et exploite une quantité appréciable de
centrales et de sous-stations, lui fournissant presque toute l'énergie électrique dont
elle a besoin, elle conserve une bonne part d'autonomie. Par ailleurs, aux yeux des
administrateurs des sociétés de portefeuille, elle constitue une source très prisée de
revenus.
Tableau 4: Sociétés de portefeuilles propriétaires de la Montreal Tramways
Company.
D'autre part, si nous regardons la composition du conseil d'administration de la
Montreal Tramways Company en 1941 (Tableau 5), cette autonomie peut avoir été tempérée
au fil des ans.
Tableau 5: participation des membres du conseil d'administration de la Montreal
Tramways Company au conseil d'administration d'autres compagnies.
| Administrateurs |
Participation
(liste non-exhaustive) |
| William C. Finley |
Administrateur: The Canadian Light & Power Company |
| Sévère Godin |
Vice-président et administrateur: Montreal Light, Heat & Power Consolidated |
| C.E. Gravel |
Administrateur: Banque Canadienne Nationale |
| Beaudry Leman |
Administrateur: Shawinigan Water & Power Company |
| George H. Montgomery |
Administrateur: Montreal Light, Heat & Power Consolidated |
| Howard Murray |
Vice-président et administrateur: Shawinigan Water & Power Company |
| Gordon W. MacDougall |
Vice-président et Président du comité exécutif: Shawinigan Water & Power
Company |
| R.N. Watt |
Administrateur: Provincial Transport Company |
Tableau 6: Compagnies contrôlées par la Montreal Tramways Company, 1941.
La Montreal Tramways Company, entreprise privée, réalise ses revenus à partir de
l'exploitation d'un système de transport en commun. Nous en présenterons ici quelques
aspects. Un an avant l'entrée en activité de la Montreal Tramways Company, la Montreal
Street Railway Company exploite 600 véhicules de tramways et le passage individuel est de
5 cents. En 1918, à la suite de la signature du Contrat avec la Ville de Montréal, le
passage individuel passe à 6 1/4 cents. L'année 1919 marque l'apparition du premier
autobus lorsque la Montreal Tramways Company commande un châssis à la compagnie White
sur lequel elle ajoutera un habitacle construit aux ateliers Youville . Un deuxième
autobus est construit peu après sur le même principe. Tous deux circulent principalement
sur le circuit de la rue Bridge. Toutefois, même en tenant compte de son autonomie
supérieure, l'autobus ne connaît qu'une popularité relative. Les nouveaux tramways
doubles, mis en service en 1914, sont encore considérés comme la forme la plus
économique de transport. Jusqu'en 1924, les tramways fonctionnaient avec un équipage de
deux hommes: le conducteur, entre autres responsable de la perception des titres de
transport, et le garde-moteur, affecté à la conduite du véhicule. Sur certains circuits
éloignés, l'année 1924 signale l'apparition des tramways à un employé, qui s'occupe
aussi bien de la vente et de la perception des titres de transport que de la conduite du
tramway (la tarification unique facilite dès lors l'utilisation de ce type de véhicule).
Cette pratique est graduellement appliquée dans les années qui suivent. Parallèlement,
la compagnie se rend compte que l'extension de son réseau de voies de tramways vers les
nouveaux quartiers de Montréal (au nord et à l'ouest) s'avère très coûteuse. Compte
tenu que des nouveaux autobus, aux moteurs plus puissants et plus rapides, ont fait leurs
preuves aux Etats-Unis, la Montreal Tramways Company décide, à la fin des années 1920,
de mettre en service des autobus notamment sur le boulevard Gouin et sur certains circuits
de Ville LaSalle et Lachine.
Pendant la crise des années 1930, la Montreal Tramways Company met en service de
nombreuses nouvelles lignes d'autobus et commence à substituer des lignes d'autobus aux
anciens circuits de tramways. Cette orientation lui permet par ailleurs d'innover en
étant la première compagnie nord-américaine de transport urbain à utiliser un autobus
à moteur diesel (Autobus #566, Leyland «E-41»). Toutefois, malgré la crise et la
nouvelle orientation de la compagnie, le réseau de voies de tramways atteint son apogée
en 1933, avec un total de 510 km de voies. En 1937, les capacités d'accélération et de
freinage supérieures des trolleybus relancent l'intérêt pour les véhicules à traction
électrique. La Montreal Tramways Company en commande sept cette année-là et les fait
circuler sur le circuit de la rue Beaubien. Ces trolleybus misent sur leur moteur
auxiliaire à essence pour pouvoir effectuer de courts trajets, sans alimentation
électrique, afin de changer de circuit.
Au fil des ans, et en fonction des progrès techniques des véhicules, la composition
de la flotte de la Montreal Tramways Company évolue et réflète le plafonnement du
tramway comme véhicule de transport urbain à Montréal (Tableau 7).
Tableau 7: Flotte de la Montreal Tramways Company, par type de véhicule, 1939,
1950, 1951.
| Année |
Tramways |
Autobus |
Trolleybus |
Total |
| 1939 |
929 |
224 |
7 |
1 160 |
| 1951 |
939 |
555 |
80 |
1 574 |
Enfin, pour avoir une meilleure idée de l'évolution de l'étendue du réseau de voies
et de son utilisation, le tableau ci-dessous (Tableau 8) s'avère instructif.
Tableau 8: Longueur des voies et voitures-milles parcourus, 1918-1950
| Année |
Voies
(longueur totale) |
Voitures-milles parcourus |
| 1918 |
262 23 |
155 516 |
| 1920 |
267 21 |
803 871 |
| 1926 |
304 26 |
477 856 |
| 1930 |
308 33 |
864 8189 |
| 1935 |
319 31 |
163 017 |
| 1940 |
n.d. |
33 733 468 |
| 1945 |
n.d. |
47 870 198 |
| 1950 |
n.d. |
50 339 284 |
- Tous les chiffres sont en milles.
- L'année fiscale de 1925 ne comportant que 6 mois, nous avons utilisé les chiffres de
1926.
- N.D: chiffres non-disponibles
Nous poursuivons ce complément à l'histoire administrative en abordant succinctement
les relations de travail. La première convention collective du fonds fait état d'une
entente passée en 1919 entre l'Association des employés de la Compagnie des tramways de
Montréal, Division 790 de la Amalgamated Association of Street and Electric Railway
Employees of America (AASERE) et la Montreal Tramways Company. Ce syndicat est d'ailleurs
celui qui représentera le plus longtemps les employés de la compagnie. En effet, il est
la seule unité syndicale, de 1919 à 1940, avec laquelle la compagnie négocie. Le 24
juillet de cette année, la Montreal Tramways Company signe ce qui allait être la
dernière convention avec ce syndicat, pour une durée de trois ans ou la durée de la
guerre, la période la plus longue étant prépondérante. La Deuxième Guerre mondiale
change ainsi les règles du jeu puisque la convention est reportée d'année en année. A
ce propos, le Conseil national de relations ouvrières en temps de guerre agit comme une
sorte d'autorité supérieure pour déterminer les conditions générales de travail dans
les entreprises affectées par l'«effort de guerre». À l'extérieur de la compagnie,
«[la guerre], en relançant la production à une échelle inégalée, favorise à nouveau
l'expansion du syndicalisme, en particulier le syndicalisme industriel à l'oeuvre dans
les très grandes entreprises. Les grèves deviennent plus nombreuses et plus intenses,
surtout en 1942 et en 1943» . La Montreal Tramways Company n'y échappe pas. En 1943 (30
et 31 mars) et en 1944 (18 et 19 février; 3 au 13 août), la compagnie est paralysée par
des conflits ouvriers.
Des changements d'accréditation syndicale font en sorte que la Division 790 de la
AASERE se trouve écartée des négociations ultérieures. En effet, le 22 juin 1940 une
demande en reconnaissance syndicale est faite par la Fraternité canadienne des employés
de chemin de fer et autres transports (FCEC) auprès du ministère du Travail du Canada
pour qu'elle puisse représenter les chauffeurs d'autobus. Le 1er novembre 1940, un
scrutin est organisé pour déterminer si les chauffeurs souhaitent cette accréditation.
Les résultats du scrutin sont positifs et les chauffeurs acceptent cette nouvelle
accréditation. La FCEC poursuit sur cette lancée et signe le 31 mai 1945 sa première
convention collective avec la compagnie. Plus tard, les chauffeurs d'autobus souhaitent
s'affilier à une autre unité syndicale, l'Association canadienne des chauffeurs
d'autobus (ACCA). En mai 1948, la FCEC et l'ACCA font une requête en reconnaissance
syndicale auprès de la Commission des relations ouvrières. En août, la Commission
ordonne la tenue d'un scrutin secret, organisé le 1er octobre 1948. Le 7 octobre, la
Commission, vu les résultats, reconnaît: La Fraternité [FCEC] comme représentant des
employés de tramways pour représenter
- le groupe des employés de tramways;
- le groupe des employés d'entretien, de construction et d'énergie électrique;
- le groupe des commis caissiers, tous à l'emploi de la Compagnie des tramways.
La Commission reconnaît aussi l'ACCA pour représenter le groupe des employés
d'autobus à l'emploi de la Compagnie des tramways de Montréal.
Cette décision est par la suite contestée le 18 novembre 1948 par la Montreal
Tramways Company, qui accepte difficilement d'avoir à composer avec un syndicat
supplémentaire pour les négociations des conventions ultérieures. Néanmoins, la
Commission ne revient pas sur sa décision et rejette la requête le 1er décembre 1948.
Les documents que nous avons traités nous apprennent d'autre part que les conventions
collectives signées entre les diverses parties à partir de 1948 ne sont que des
conventions partielles, en ce sens que plusieurs des clauses sont soumises à un Conseil
d'arbitrage dont les sentences sont prononcées soit par les juges Irénée Lagarde ou
Georges Henri Héon. La dernière convention signée par la Montreal Tramways Company,
celle liant la compagnie à l'ACCA, ne fait pas exception à cette situation. C'est le
juge Georges Henri Héon qui détermine plusieurs des clauses de cette convention qui se
termine le 30 mai 1951.
En guise de conclusion, nous revenons au rôle important qu'a joué la Commission des
tramways de Montréal, en activité pendant presque toute l'existence de la Montreal
Tramways Company. Pour assurer à la population de l'île de Montréal un niveau adéquat
de service de transport de passagers, le gouvernement de la province institue en 1918 un
organisme de contrôle, la Commission des tramways de Montréal, qui superviserait les
conditions d'exécution du Contrat entre la Cité de Montréal et la Compagnie des
tramways de Montréal (Loi 8, George V, chapitre 84, section 75). Ce contrat assure entre
autres l'exclusivité du transport de passagers sur l'ensemble du territoire de l'île de
Montréal à la Montreal Tramways Company, abrogeant par le fait même toutes les
franchises que la compagnie détenaient avec des municipalités situées à l'extérieur
du territoire de Montréal (Lachine ou Ville Saint-Laurent, par exemple). La Commission
des tramways de Montréal, même si elle reconnaît d'emblée le caractère d'entreprise
privée à la Montreal Tramways Company, a en fait le pouvoir d'autoriser ou de
recommander à la Montreal Tramways Company tout un train de mesures directement reliées
à son exploitation. A titre d'exemple, l'installation de nouvelles voies de tramways,
l'achat de nouveaux véhicules, la tarification et les horaires, le déplacement des
arrêts et la construction de nouvelles sous-stations sont par le Contrat sous la
compétence de la Commission des tramways de Montréal. D'autre part, le Contrat établit
divers mécanismes de calculs qui servaient entre autres à déterminer les redevances
annuelles que la compagnie devaient remettre à la Ville de Montréal en vertu du contrat.
Tout au long de l'existence de la Montreal Tramways Company, l'interprétation de ces
mécanismes, et en particulier celui du calcul des recettes brutes, est la cause de
diverses controverses qui connaissent de nombreux échos dans les journaux de l'époque.
Mais c'est surtout vers les cinq dernières années de ses activités que la Montreal
Tramways Company suscite le plus de débats et d'interrogations. D'ailleurs, les travaux
du Tribunal d'arbitrage sur la question des tramways (12 George VI, Chapitre 50) font
apparaître toute une série de faits qui mettent notamment en doute certaines pratiques
comptables utilisées pour les états financiers que la compagnie remettait à la
Commission des tramways de Montréal.
Présidé par le juge Thomas Tremblay, le Tribunal d'arbitrage sur la question des
tramways livre son rapport en août 1950 . Ce document effectue un magistral tour
d'horizon entre autres sur les circonstances de la vente de la Montreal Street Railway
Company à la Montreal Tramways Company, sur le Contrat de 1918 et aussi sur les «erreurs
d'interprétation du contrat et de certains redressements financiers qui s'imposent» .
Dans ses conclusions, le Rapport apporte plusieurs suggestions d'importance. Retenons
celle-ci, à propos de la municipalisation: «Nous sommes en faveur de la municipalisation
parce que la Compagnie des tramways de Montréal n'a pas rempli les fins pour lesquelles
elle a été organisée et parce que les grandes améliorations qui s'imposent ne peuvent
être entreprises par l'initiative privée.» Entre-temps, le 24 août 1950, le Conseil de
la Ville de Montréal adopte le règlement no 1981, en vertu de la loi 14 George VI,
chapitre 79, qui autorisait la création de la Commission de transport de Montréal et, le
18 juin 1951, la Commission de transport de Montréal commence officiellement ses
activités.
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